Première publication : 25 juin 2014

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Les immigrants doivent souvent éviter de se lancer dans un bras de fer avec un agent ou une agente d’Emploi-Québec. La non-connaissance du fonctionnement d’Emploi-Québec peut créer des conflits ou des déceptions auprès des immigrants qui voient en cette institution un obstacle à l’obtention d’une formation gagnante. Emploi-Québec finance des formations selon le domaine de compétences et de la formation d’origine de la personne.

La personne immigrante peut penser avoir droit systématiquement et automatiquement à tout type de formation. La vérité reste qu’Emploi-Québec ne finance pas une demande, mais identifie un besoin bien précis. Les agentes ou agents d’aide socioéconomique, volet emploi et volet aide financière, du Centre local d’emploi (CLE) des différents quartiers, effectuent au préalable une évaluation des besoins. Pour la rationalisation de l’argent du contribuable québécois, un financement pour la réorientation de carrière doit être justifié à moins que cela ne soit dû à un épuisement professionnel, à un accident de travail ou à une maladie grave entraînant un changement de carrière. Emploi-Québec fait appel à des conseillers en orientation pour valider certains choix professionnels.

On sait aussi qu’Emploi Québec paie de moins en moins de formation et se situe dans la logique de sa mission qui est « de contribuer à développer l’emploi et la main-d’œuvre ainsi qu’à lutter contre le chômage, l’exclusion et la pauvreté, dans une perspective de développement économique et social». En d’autres termes, la mission première d’Emploi-Québec consiste à faire en sorte que le chercheur d’emploi retourne le plus rapidement possible sur le marché du travail. Pour y arriver, cette institution se dote de mesures et programmes de courte durée et elle demande l’implication proactive du client. Les agents d’Emploi-Québec essaient d’identifier les besoins du client et le réfèrent à des ressources qu’ils jugent appropriées.

Certaines mesures ou programmes laissent place à l’interprétation. Les fonctionnaires ont un pouvoir discrétionnaire et parfois certaines personnes immigrantes ont des difficultés à communiquer avec eux quand elles veulent obtenir une formation. Elles pensent que l’obtention de la formation est un droit acquis d’avance. C’est ainsi que certains fonctionnaires perçoivent dans l’argumentation de ces dernières une forme d’exigence injustifiée. Cette situation est également due à une représentation que certaines personnes immigrantes se font, à tort ou à raison, de la fonction publique (ont tout le pouvoir) de manière générale. Mais ceci s’explique aussi par le climat de méfiance qu’elles entretiennent avec les représentants de l’État, et par conséquent, elles ne leur donnent pas toute l’information nécessaire pour évaluer leurs besoins et ne documentent pas non plus très bien leur situation. Cette information sur leur parcours de carrière ou de transition professionnelle est souvent détenue par les conseillers des organismes communautaires en qui les personnes immigrantes accordent une confiance presque totale.

Certains fonctionnaires peuvent aussi orienter des personnes immigrantes vers certains projets qui ne leur conviennent pas du tout. Ceci est aussi dû au fait qu’il y a beaucoup de projets dont les critères changent continuellement, à tel point que tout le monde y perd parfois son latin. Conséquemment, lesdits fonctionnaires doivent harmoniser davantage certaines pratiques et ne pas considérer les conseillers en emploi des organismes communautaires comme des amateurs, mais plutôt comme des professionnels aguerris autant sur le plan humain (relation de confiance établie dès le début avec le participant) que professionnel (expertise dans le domaine de l’intégration des personnes immigrantes).

Aussi, il est vrai que les fonctionnaires ne donnent pas exclusivement des services à une clientèle, mais qu’ils doivent répondre également aux besoins de l’ensemble de la société québécoise. Même si Emploi Québec pèche par rapport à l’adaptation de certains services à la clientèle scolarisée immigrante, en terme de programmes et de formations passerelles, elle est de plus en plus consciente qu’elle doit prendre en considération dans ses politiques « les grands défis de l’avenir » qui se déclinent à travers cinq problématiques essentielles : « le vieillissement rapide de la population et la rareté de main-d’œuvre; la faible productivité des entreprises du Québec; un chômage et un sous-emploi persistant chez certains sous-groupes de la population; l’adéquation formation-emploi ».

Les immigrants qui critiquent trop souvent le système professionnel, ou la société québécoise de manière générale, donnent l’impression, aux yeux des Québécois, de se plaindre à tout bout de champ. La réponse qui leur est servie souvent par certains Québécois n’ayant pas peur de la confrontation reste ceci : « Si la société québécoise est aussi mauvaise qu’ils la prétendent, pourquoi viennent-ils et restent-ils au Québec? »

Des Québécois qui en ont ras le bol de se faire traiter de tous les noms vont même jusqu’à leur indiquer le chemin du retour dans leurs pays d’origine et à leur suggérer la piste du déménagement dans les provinces anglophones ou chez le voisin américain. Nous sommes d’avis qu’il faut faire la distinction entre ″esprit critique″ qui est un baromètre d’une société démocratique et ″esprit de critique″ qui est un comportement de m’as tu vu.

Il est vrai que l’immigration est un privilège et non un droit comme aimaient le rappeler les deux anciennes ministres libérales de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec (Monique Gagnon Tremblay et Lise Thériault). Les personnes immigrantes, notamment les minorités visibles, qui ont été ou ont transité en Europe, partageront avec nous la certitude que le Québec est un havre de paix et donne la chance aux immigrants plus que n’importe quel autre pays d’immigration européen. Cette conception peut être battue en brèche par une personne immigrante qui est venue directement de l’Afrique ou du Maghreb puisqu’elle n’a pas eu la chance de comparer les politiques d’immigration.

Cela n’empêche en rien le fait qu’on puisse se permettre de critiquer la société pour améliorer les choses dans une démarche pédagogique et constructive; ce que nous nous efforçons de faire, du moins ce que nous pensons avoir fait dans nos nombreux articles ou interventions dans certains médias, bref dans les différentes tribunes. Ce n’est pas défendre les immigrants que de reconnaître qu’ils ne viennent pas du néant; ils ont un passé, un bagage culturel qui leur permettent d’innover ou de faire naître d’autres points de vue. Ils ne sont pas adeptes non plus du « béni oui oui ». Ils sont très scolarisés, ont beaucoup voyagé et peuvent amener une valeur ajoutée pour le bien de la collectivité. Mais nous reconnaissons qu’il y a une façon de critiquer.

Les Québécois détestent qu’on leur donne des ordres ou qu’on balaie du revers de la main leurs façons de faire, d’être et de voir les choses. Ils ont tout à fait raison sur ce plan. Loin de nous l’idée d’idéaliser les Québécois, quand nous affirmons en toute sincérité que les Québécois sont des gens modestes .

Ce texte est extrait de mon premier livre intitulé Intégration professionnelle des personnes immigrantes et identité québécoise : une réflexion sociologique.

Source : Blogue de l’intégration professionnelle (Doudou Sow)

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Par Doudou Sow le Lundi 23 Octobre 2017 dans Archives, Avis de l’expert, CONSEILS, L’ABC de l’intégration. Pas de commentaire