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Taux de chômage plus élevé, surqualification : les nouveaux arrivants peinent à trouver un emploi à leur hauteur. La solution passerait par une plus grande ouverture des organisations, selon le Bureau de l’intégration des nouveaux arrivants de la Ville de Montréal.

Photo : Chantal Lévesque

Le Québec faisant aujourd’hui face à une pénurie de main-d’œuvre qui menace sa croissance économique, l’apport de l’immigration est de plus en plus perçu comme l’une des clés pouvant amoindrir le choc. Or, accueillir des immigrants qualifiés est une chose, les intégrer au marché du travail en est une autre. Et sur ce point, le Québec et Montréal, qui reçoit la part du lion de l’immigration de la province, font mauvaise figure.

De 2006 à 2018, le taux de chômage moyen au Québec pour les 25 à 54 ans nés au pays était de 5,52 %. Pour les nouveaux arrivants, soit ceux qui ont été reçus il y a cinq ans ou moins, il était de 16,19 %. « Bien que la situation se soit améliorée récemment, Montréal a davantage de difficulté à intégrer les immigrants que Toronto ou Vancouver, et les villes canadiennes sont généralement en retard par rapport aux villes américaines », indique Jean-Guy Côté, directeur associé de l’Institut du Québec. Pour l’économiste, cela est d’autant plus paradoxal que le grand Montréal reçoit les immigrants parmi les plus scolarisés du continent.

Plusieurs explications ont été données ces dernières années, allant du défi d’acquérir un niveau de français fonctionnel jusqu’aux obstacles entourant la reconnaissance des diplômes ou un mauvais appareillement entre les candidats sélectionnés et les besoins du marché.

Le 10 juin dernier*, une poignée d’experts se sont rassemblés à l’initiative du Bureau de l’intégration des nouveaux arrivants de la Ville de Montréal pour répondre à une question rarement posée : lorsqu’on tourne le miroir, les employeurs, les recruteurs et les travailleurs ont-ils aussi leur part de responsabilité ?

Mireille Paquet. Photo : Chantal Lévesque

« On ne peut plus faire porter le fardeau de l’intégration professionnelle sur les seules épaules des nouveaux arrivants », tranche Mireille Paquet, professeure de science politique à l’Université Concordia.

Pour sa part, Jean-Guy Côté donne comme exemple la reconnaissance des diplômes, « un véritable parcours du combattant, dans lequel on ne dit jamais non, mais qui est si long et complexe que plusieurs abandonnent et acceptent des emplois alimentaires ». À cet égard, une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a démontré que parmi les personnes immigrantes détentrices d’un diplôme d’études supérieures en 2012, une personne sur deux (53,5 %) était surqualifiée pour le poste qu’elle occupait.

Spécialiste en relations interculturelles, Rachida Azdouz abonde dans le même sens.

Rachida Azdouz. Photo : Chantal Lévesque

« L’intégration professionnelle est un parcours continu fait d’avancées, de reculs et de chemins de traverse. Il est normal qu’il soit difficile, pour quelqu’un qui arrive du bout du monde, de se recycler et de trouver un emploi. Ce qui choque cependant, c’est que c’est beaucoup trop lent. »

La structure de l’économie québécoise, plus corporatiste qu’ailleurs au pays, a été pointée du doigt. Mais un second constat plus difficile a cependant fait consensus, soit une résistance à la diversité.

Valérie Pisano, qui dirige aujourd’hui l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila), tire des leçons des études scientifiques sur les biais inconscients. « On a tendance, sans même s’en apercevoir, à favoriser certains profils qui nous ressemblent. Ça fait en sorte que les femmes, mais aussi les candidats issus de l’immigration, sont désavantagés », explique celle qui est spécialiste de la question des femmes dans les emplois de haute responsabilité.

L’anthropologue Émilie Nicolas, également chroniqueuse au quotidien Le Devoir, appelle à une position d’empathie des gens en situation de pouvoir par rapport à ceux qui sont de l’autre côté de la table. « C’est généreux, mais réconfortant d’offrir du coaching aux nouveaux arrivants. Comprendre les obstacles qu’ils doivent surmonter, se mettre dans une position d’humilité face à cette réalité difficile demande d’autant plus de courage, mais permet de véritablement changer les choses. »

L’immigration ne peut pas à elle seule répondre aux enjeux démographiques auquel fait face le Québec. Elle permet d’apporter du renfort à la population active. Quantité d’études font le lien entre le niveau de diversité au sein d’une entreprise et sa capacité à innover. Aussi, il est bon de se rappeler que « personne ne doit rien à personne lorsqu’on offre un bon emploi à un nouvel arrivant », résume Rachida Azdouz.

L’intégration professionnelle, soit la capacité de trouver rapidement un emploi de qualité, à la hauteur de ses qualifications, est également le gage d’une intégration globale réussie.

Comme le fait remarquer Mireille Paquet, un individu qui part du bout du monde pour venir s’établir au Québec le fait essentiellement pour améliorer son sort et celui de ses enfants. Partant de cette prémisse, les employeurs devraient mieux mesurer le degré de motivation et de compétence de ces candidats issus de l’immigration.

Une meilleure intégration professionnelle des nouveaux arrivants passera aussi par une prise de conscience sur le rôle de tout un chacun et par « un véritable changement de posture de la société d’accueil », spécifie Doudou Sow, aujourd’hui formateur, venu témoigner de l’importance capitale de s’être vu offrir un premier emploi alors qu’il immigrait au Québec.

* Félix-Antoine Joli-Cœur était coanimateur de l’événement, où il a pu recueillir ces propos

Source : L’actualité

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Par Doudou Sow le Mercredi 19 Juin 2019 dans COIN DE L’EXPERT, Immigrer au Québec, Travailler au Québec. Pas de commentaire