En 7 ans d’exercice du pouvoir, le président Macky Sall est en conflit ouvert, de manière permanente, avec l’écrasante majorité de la population sénégalaise dans toutes les sphères de la vie sociale, professionnelle, politique et associative (assassinats des étudiants Bassirou Faye (en 2014) et de Fallou Sène (2018) dont leur seul tort était de réclamer, à juste titre,  le paiement de leurs bourses; relations plus que tendues avec les secteurs de l’éducation et de la santé (en l’absence de négociations un 17 éme plan d’action de l’Alliance des syndicats autonomes de la santé «And Gueusseum», par exemple); emprisonnement de plus de 70 opposants; fermeté poussée à l’extrême ressemblant plus à une arrogance, etc.).

Le président Macky Sall est entré par la grande porte de l’histoire politique sénégalaise et risque, par ses gestes dictatoriaux et d’inélégance républicaine, de sortir dramatiquement par la petite porte. Celui qui doit être le premier sénégalais à vouloir la paix dans le pays n’a jamais posé des actes dans ce sens ou permettant de donner un signal fort de dialogue constructif et sincère.

La condamnation du maire Khalifa Sall est une preuve de la conséquence d’un système dictatorial

La condamnation du maire socialiste et député Khalifa Sall est une preuve de la conséquence d’un système dictatorial, « soutenez-moi ou je vous mets en prison », comme le soulignait, à juste titre, Mamadou Diop Decroix, un membre du Front de résistance nationale (Frn), dans une mêlée de presse diffusée par la chaine en ligne sur les réseaux sociaux, Buur Gédé.

Le président Macky Sall a retiré injustement tout ce que la population dakaroise et le peuple sénégalais avaient donné démocratiquement à Khalifa Sall (maire et député) mais pas sa dignité comme le soulignait son directeur de cabinet Moussa Taye. Les agressions contre l’opposition se multiplient. Khalifa Sall étant même en prison, le président Macky Sall continue de s’acharner sur l’ancien maire ainsi que sur ses partisans, un acharnement sur cette personne que rien ne peut justifier. L’article de Charles G.DIENE, Khalifa Sall, chronique d’un supplice sans fin a retracé toutes les péripéties de l’ancien maire qui avait pourtant de bonnes relations avec le candidat Macky Sall lors de sa traversée du désert et avait contribué grandement à sa victoire de 2012.

Le leader de l’oppositionOusmane Sonko qui était parti rendre visite à la maman de Khalifa Sall suite aux attaques brutales perpétrées par la police de Macky Sall contre des femmes réunies au Quartier général du député-maire pour préparer une stratégie de combat politique déplorait que : « [la] seule compétence [du président Macky Sall] est [d’] emprisonner les opposants ».

Une anecdote :  lorsque j’étais hospitalisé pendant plusieurs semaines dans des conditions dignes d’un pays moderne, je ne cessais de penser à des personnes dans les liens de la détention, peu importe leur statut. Je pensais également à ceux qui étaient emprisonnés par erreur judiciaire ou par acharnement politique et, qui pourtant, gardaient leur dignité humaine. Un farouche défenseur de Khalifa Sall, en l’occurrence le maire de Mermoz, Barthélémy Diaz, s’indignait du fait que « le Sénégal n’a jamais été géré depuis l’indépendance par autant de méchanceté et de cruauté. »

Les Sénégalais n’aiment pas l’injustice dans leur écrasante majorité

Les Sénégalais sont naturellement tolérants mais n’aiment pas l’injustice, réglant souvent leurs conflits sous « l’arbre à palabres », une métaphore de la culture du dialogue et du consensus. Depuis 7 ans, le président sénégalais Macky Sall est à couteaux tirés avec l’écrasante majorité de la population sénégalaise. Il a été sourd à tous les signaux d’appel au dialogue avec l’opposition et la société civile. Celui qui veut « réduire l’opposition à sa simple expression » n’a jamais manqué une occasion d’humilier les principaux leaders de l’opposition. L’État policier de Macky Sall a gazé durant des manifestations des anciens premiers ministres, président de l’assemblée nationale et de groupe parlementaire, députés et citoyens. Qui ne souvient pas de la « grande marche » de l’opposition (environ 3 000 personnes) du 14 octobre 2016 et qui a finalement tourné court à cause du lancement des gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre. Les images de la chaîne de télévision TVA sont explicites sur une foule dispersée par des policiers avec des manifestants qui « demandaient (à juste titre) une plus grande transparence dans la gestion du gaz découvert dans le pays ».

Un président n’ayant pas une ouverture d’esprit développée n’a pas forcément la même sagesse que ses prédécesseurs qui pouvaient tester les limites des Sénégalais et savaient reculer au bon moment. Le président Abdou Diouf sur la bonne tenue des élections de même que le recul de Me Abdoulaye Wade sur le quart bloquant à l’Assemblée nationale, le changement de ministre de l’intérieur pour organiser les élections libres et transparentes, avaient fait preuve de dépassement politique, des gestes salués par l’écrasante majorité du peuple sénégalais.

Le président Macky Sall n’a jamais manifesté une intention de négocier sincèrement avec les acteurs politiques de l’opposition (reniement sur la réduction du mandat de 7 ans à 5 ans; décision unilatérale de fixer la date du référendum du 20 mars 2016 et du parrainage de 2018; appel au dialogue sur la gestion des ressources gazières et pétrolières après avoir signé des accords compromettants les intérêts des Sénégalais; vote du projet de loi, sans le consentement de l’opposition, sur l’augmentation  du nombre de députés de 150 à 165; désorganisation volontaire des élections législatives, etc.).

Il n’y a donc jamais eu de dialogue sincère entre le pouvoir et l’opposition sénégalaise puisque le président Macky Sall pense que l’opposition n’a jamais reconnu qu’il est le président du Sénégal (d’où son expression constante je suis le président) et que selon lui « le dialogue d’abord dans une démocratie moderne, c’est au parlement » où il détient une majorité mécanique à qui il dicte ses volontés. Ce président n’est pas un homme de dialogue.

En guise de rappel, le président sénégalais, alors qu’il était tout puissant premier ministre avait voté de force dans sa ville, sans présentation d’une pièce nationale d’identité (rapport onel). Dans un article de Bacary Domingo MANE de Sud Quotidien intitulé Sénégal : Après la plainte déposée par l’Onel : Ce que risque le ministre Macky Sall, il est clairement indiqué que : « L’Observatoire national des élections (Onel) a révélé hier mercredi 22 mai [2002], lors d’un point de presse tenu à la suite de son assemblée générale, qu’il a porté plainte depuis le 21 mai dernier contre Macky Sall, responsable du Parti démocratique sénégalais (Pds) à Fatick, par ailleurs ministre des Mines et de l’Hydraulique. »

Toujours selon cet article qui décrit la véritable nature de celui qui dirige actuellement les Sénégalais, il y était mentionné que « cette plainte est sur la table du procureur de Fatick, ville où se sont passés les faits. Il est reproché à Macky Sall d’avoir fait du » forcing » dans le bureau de vote n°4 du centre Thierno Mamadou Sall de Fatick, en votant, le 12 mai dernier, avec une carte d’électeur utilisée lors de la présidentielle 2000 et communément appelée » carte israélienne « . Et cela malgré les injonctions du président du Bureau de vote. Dans le rapport du président de l’Observatoire régional des élections (Orel) de Fatick, il est clairement indiqué que Macky Sall, né le 11 janvier 1961, s’est » senti offusqué » lorsqu’on lui a dit qu’il ne pouvait voter avec la carte d’électeur utilisée lors de la dernière présidentielle ».

Le président Macky Sall est coutumier du forcing et ne connaît donc que le rapport de forces qui lui a permis jusqu’à maintenant de tout gagner contre l’opposition en emprisonnant certains leaders politiques, en ayant des taupes parmi elle, posant un à un plusieurs actes de défiance, s’appuyant aussi sur une justice aux ordres.

Les Sénégalais ne sont pas amnésiques et se souviennent du langage guerrier du candidat Macky Sall à la Place de l’Obélisque, lorsqu’il était dans l’opposition. En 2011, le candidat Macky Sall menaçait son prédécesseur en ces termes : « Si Wade touche la constitution, on va le déloger du palais ».

Lui, le président Macky Sall, a fait pire en 7 ans en emprisonnant de manière arbitraire ses redoutables adversaires et leurs partisans, en s’adonnant à un tripatouillage constitutionnel et en ternissant l’image de la démocratie sénégalaise.

Les Sénégalais, qui ont souffert en silence, ont été endurants dans les différentes épreuves, et auront l’occasion le 24 février de lui démontrer s’ils sont satisfaits de la façon dont il a géré d’une main de fer le pays oubliant ainsi les raisons pour lesquelles plus de 65 % ont voté contre son prédécesseur au deuxième tour de la présidentielle de mars 2012. Le peuple souverain est le seul arbitre du respect des règles démocratiques et de l’instauration d’un État de droit.

Doudou Sow, blogueur, citoyen socialement engagé et lauréat du Mois de l’histoire des Noirs 2017

Lire mes différents articles sur la situation politique sénégalaise :

Sénégal: une élection présidentielle verrouillée par l’actuel président Macky Sall

Sénégal: le respect du processus électoral, condition indispensable pour une élection apaisée

Lettre ouverte au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, sur la situation politique tendue au Sénégal

Une élection présidentielle à haut risque au Sénégal

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La rupture du dialogue politique, une première dans l’histoire démocratique sénégalaise

M. Trudeau, les gestes posés par le président que vous accueillez sont dignes d’un dictateur

Sommet de la francophonie : les vraies affaires

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La maturité du peuple sénégalais citée en exemple dans un livre sur l’intégration des immigrants

La question des flux migratoires dans le contexte de la mondialisation de l’immigration

Par Doudou Sow le Mardi 05 Février 2019 dans Blogue. Pas de commentaire


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