J’ai une pensée particulière pour les orphelins du PEQ, ceux dont leurs rêves sont brisés, qui vivent actuellement un stress quotidien compte tenu de la précarité de leur statut migratoire causée par la fin brutale de ce programme pourtant pertinent. Alors qu’ils avaient choisi de venir s’établir légalement au Québec sur la base de la promesse de la résidence permanente (les faits sont têtus à ce point et nul besoin de les démentir), le gouvernement vient de leur fermer plusieurs portes. Le programme de l’expérience québécoise (PEQ) est un très bon programme aboli sans clause de droits acquis et remplacé par un programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) caractérisé par son imprévisibilité comme le démontrent plusieurs témoignages et acteurs de l’écosystème en immigration.
Les travailleurs étrangers ne cherchaient plus à obtenir un autre permis de travail temporaire du fédéral mais demandaient plus un accès à la résidence permanente que le PEQ offrait avant son abolition en novembre 2025. Donc, il y a une responsabilité partagée des deux paliers de gouvernement dans la situation que vivent actuellement les laissés-pour-compte du PEQ, notamment dans le volet travailleur (lire notre prochain article qui fera un décryptage sur ce point).
Certains travailleurs étrangers temporaires qui étaient qualifiés pour le PEQ et dont leurs permis de travail arrivent à échéance sont en train de quitter silencieusement le territoire. Car la fin du PEQ vient compliquer leur situation davantage compromise par les mesures restrictives du fédéral en immigration. Les employeurs en paient également un prix très fort.
Aucune cohérence dans cette politique : le gouvernement met dehors des personnes intégrées et ira en chercher d’autres à l’international car la vérité, chers abonnés et alliés stratégiques québécois, il y a toujours des postes vacants au Québec et d’ici 2031, 24 % de la main-d’œuvre sera issue de l’immigration (dénatalité, vieillissement de la population, manque de relève même dans les cohortes de formation, vieillissement des entrepreneurs d’où le repreneuriat, etc.). Pendant ce temps, on pousse vers le sorite des personnes francophones, francisées déjà établies sur le territoire, qui adhérent aux valeurs québécoises, aiment profondément cette province et qui répondent parfaitement aux besoins du marché du travail. Cherchez l’erreur.
Entendons-nous bien ici : Le Québec est une société accueillante et tout gouvernement a le droit de décider des critères pour sélectionner des candidats immigrants mais il ne peut pas changer les règles en cours de jeu. Ce serait alors briser un contrat moral.
Le dossier du PEQ ne prendra pas une pause durant les Fêtes. Nous vous accompagnerons dans la documentation à titre de sociologue du travail et des organisations mais aussi de citoyen socialement engagé. Vous n’êtes pas seuls et vous ne serez jamais seuls dans ce combat pour la justice, la dignité humaine et le respect de la parole donnée. Félicitations au collectif Le Québec c’est nous aussi qui abat un excellent travail depuis la première réforme du PEQ de 2019 et qui coalise toutes les forces dans ce dossier. Notre chaîne YouTube permet de retracer tout l’historique entourant les réformes sur ce programme qui a déjà fait ses preuves. Tout autre discours n’est que diversion et déformation de la réalité (lire à ce sujet notre article à paraître Genèse et pertinence du PEQ).
Le gouvernement du Québec demande à son homologue fédéral d’accorder, à juste titre, une clause grand-père pour les travailleurs étrangers temporaires (TET) déjà établis au Québec alors que lui-même n’accorde pas la même clause au sens propre et figuré du terme pour le PEQ ? Ces travailleurs étrangers ne sont plus des temporaires et comme le disent souvent les syndicats ce sont des « temporaires permanents », car ils sont au Québec depuis des années. Les régions du Québec souffrent actuellement et souffriront davantage de ces mesures restrictives en immigration économique. Les deux paliers de gouvernement s’en rendront compte hélas tardivement. C’est un gars de terrain et de résultats qui lance un cri de cœur et qui alerte parce qu’il aime profondément la société québécoise et canadienne.
Derrière les chiffres, il y a des êtres humains, des histoires et trajectoires de vie. La détresse psychologique touche autant les impactés du PEQ, les employeurs qui embauchent les travailleurs étrangers temporaires (TET) ainsi que les professionnels qui accompagnent cette catégorie de population qui vient du coup s’ajouter à la liste de personnes vulnérables au Québec.
Fidèle à notre réputation : les faits rien que les faits.
Deux citations du premier ministre du Québec François Legault qui démontrent la pertinence du PEQ
« Les diplômés des universités et cégeps francophones du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) seront admis en plus du seuil de 50 000 personnes. Les étudiants étrangers qui sont diplômés en français chez nous sont des candidats parfaits à l’immigration. » (Premier ministre du Québec François Legault lors du dépôt du Plan d’immigration du Québec pour l’année 2024, de même que la planification pluriannuelle de l’immigration pour les années 2024 et 2025, 1er novembre 2023).
« Les étudiants étrangers diplômés de nos programmes francophones nous apparaissent comme des candidats idéaux. Étant donné que ces personnes possèdent un diplôme québécois, qu’elles sont jeunes et qu’elles vivent déjà ici, en français, depuis plusieurs années, elles constituent un bassin exceptionnel où recruter de nouveaux Québécois et de nouvelles Québécoises. Ces mots, ce ne sont pas les miens, ce sont ceux de François Legault dans son mot d’introduction du Cahier de consultation publique pour la planification de l’immigration 2023-2026 » (Lysiane van der Knaap, directrice générale Éducation internationale, Audition sur le cahier de consultation intitulé « La planification de l’immigration au Québec pour la période 2026-2029 », Éducation internationale, 22 octobre 2025.)
Les immigrants qui ont tout vendu dans leur pays d’origine ont investi beaucoup d’argent dans l’optique d’obtenir la résidence permanente. Ils ont aussi fait le deuil de leurs familles, de leurs amis mais aussi de leur vie antérieure car l’immigration est un déchirement voire un drame humain.
La « clause grand-père » est le « strict minimum », plaide le député et porte-parole de Québec solidaire en immigration, Guillaume Cliche-Rivard. Nous dirions même comme le texte de la journaliste Rima ElKouri un grand OUI pour une clause humanité pour des familles qui vivent énormément d’anxiété.
Crédo sur l’intégration en emploi :
« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie » (Confucius).
Doudou Sow, sociologue du travail et des organisations et auteur de quatre ouvrages sur l’intégration et la régionalisation de l’immigration
Par Doudou Sow le Mardi 23 Décembre 2025 dans Blogue, PEQ (étudiants étrangers et travailleurs temporaires spécialisés). Aucun commentaire
