« Avec la quantité de critique de l’impact humain, le Ministère doit reculer ou ajouter une clause de droits acquis », estiment les analystes Maïka Sondarjee et Mylène Moisan lors de l’émission Midi Info- Grand angle d’Ici Première chaîne de Radio-Canada du 29 décembre dernier.

Même dans des moments difficiles, on doit célébrer chaque victoire pour se remonter le moral. Comme un proverbe le dit souvent « Les petits ruisseaux font les grandes rivières ». En fait, chaque petit geste, détail compte et un ensemble de petites actions pourrait avoir finalement un très gros impact dans un combat, une activité ou un mouvement.

En effet, ces différents acteurs de divers horizons se sont illustrés pour leur combat contre l’injustice et pour le respect de la parole donnée. Ils sont montés au front pour faire entendre leurs voix en faveur d’une catégorie de la population qui en a grandement besoin par les temps qui courent. Par leurs actions individuelles et de plus en plus concertées, ils ont fait preuve d’humanité et par ce fait même ont renforcé le sentiment d’appartenance des personnes immigrantes qui croient, malgré le sentiment de trahison de la part du gouvernement caquiste, que le Québec est toujours une société juste, solidaire et riche de sa diversité.

Le collectif Le Québec c’est nous aussi (LQCNA) « coalise les forces dans ce dossier-là depuis le début », soulignait à juste titre le porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’immigration, de francisation et d’intégration Guillaume Cliche-Rivard le 26 novembre dernier à l’Assemblée nationale du Québec. Un groupe de bénévoles épris par des questions de justice se bat depuis la première réforme du PEQ en 2019 afin de supporter les étudiants étrangers et les travailleurs étrangers temporaires (TET). Les membres de ce groupe très bien organisé n’ont pas l’habitude de baisser les bras tant qu’ils n’auront pas obtenu gain de cause pour les combats qu’ils mènent pour les bonnes raisons. Depuis l’abolition du PEQ, le collectif a organisé six manifestations qui avaient parfois lieu simultanément dans les grandes villes de Montréal et de Québec. En écoutant série de portraits d’orphelins du PEQ du collectif sur sa page Facebook, on ressent une tristesse mais aussi un devoir de solidarité vis-à-vis des personnes impactées par la fin brutale de ce programme. Elles ont tout laissé derrière elles, ont contribué grandement à la société québécoise et demandent au gouvernement de respecter sa part de contrat. Derrière les chiffres, il y a des êtres humains et des trajectoires de vie comme le prouvent les témoignages de milliers d’immigrants. Les deux porte-paroles de l’opposition officielle Immigration, francisation et intégration (de Québec solidaire et du Parti libéral du Québec) se sont fait remarquer par leurs engagements constants pour le combat contre l’injustice.

Le député de Saint-Henri—Sainte-Anne Guillaume Cliche-Rivard est celui qui a parrainé la pétition intitulée « Maintien du Programme de l’expérience québécoise (PEQ » adressée à l’Assemblée nationale. En seulement 10 jours, ladite pétition signée par 26 653 pétitionnaires, a été déposée le 3 décembre dernier à l’hémicycle. Il convient de préciser que le député solidaire était aussi aux côtés des orphelins du PEQ lors de la réforme 2019-2020 à titre d’avocat et président de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI). Son engagement constant pour la justice sociale et le respect des droits humains ne souffre d’aucune ambigüité. Présent très souvent dans les manifestations du collectif LQCNA, le député avait également reçu une forte délégation composée d’étudiants étrangers et de travailleurs étrangers temporaires (TET) qui « réagissait à l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et aux conséquences que cela aura sur des milliers de personnes immigrantes au Québec ». En ce qui concerne le rétablissement du PEQ, « on a déjà joué dans ce film-là avec les mêmes acteurs en 2019 », rappelait-il lors de la manifestation du collectif du 22 novembre.

Le député de l’Acadie André Albert Morin

Le porte-parole du premier groupe d’opposition en matière d’immigration, de francisation et d’intégration avait lui aussi invité à l’Assemblée nationale, le jeudi 27 novembre, une délégation composée, entre autres, par :  Flora Dommanget, présidente de l’Union étudiante du Québec; Christopher Zéphyr, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec et, entre autres, Alain Diédhiou, étudiant international en technique de l’informatique. Tout comme le député Guillaume Cliche-Rivard, le député libéral ne cesse de talonner le gouvernement sur les questions de clause de droits acquis mais aussi de l’importance du respect des délais du regroupement familial. Selon lui, « C’est une véritable injustice que d’abolir ce programme dans le milieu d’un match et de changer les règles avant la fin de la partie. »

Les principales centrales syndicales sont aux côtés des orphelins du Québec

Les images de la coalition des forces syndicales et immigrantes pour protester contre le gouvernement Legault étaient incroyables lors du plus grand rassemblement intersyndical du 29 novembre dernier. Une marée humaine a pris d’assaut ainsi le centre-ville de Montréal lors dudit rassemblement. Plus de 50 000 personnes dans les rues de Montréal dénonçaient ainsi les « dérives du gouvernement Legault ». Les manifestants ont répondu massivement à l’appel des quatre principales centrales syndicales et des organisations de la société civile dont le Collectif, Le Québec, c’est nous aussi.

En plus de la FTQ, la CSN, la CSQ et la CSD, on notait la mobilisation et les présences de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) et le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec. De nombreuses régions du Québec étaient représentées lors du grand rassemblement intersyndical. La manifestation fut une réussite sur toute la ligne. « Dans la rue pour le Québec, on ne paiera pas pour leurs échecs », scandaient plusieurs dizaines de milliers de manifestants.

La TCRI était aussi présente aux côtés du collectif Le Québec, c’est nous aussi pour manifester contre la suppression brutale du PEQ. La Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) est un regroupement de plus de 150 organismes communautaires du Québec qui défendent les droits des personnes réfugiées, immigrantes et sans statut. Cette organisation travaille à leur intégration et à leur établissement au Québec en défendant leurs droits et en offrant du soutien, tant aux membres qu’aux personnes concernées.

La couverture des médias québécois et canadiens largement favorable aux orphelins du PEQ

Le gouvernement caquiste a changé les règles à la troisième mi-temps. Et c’est ce que les laissés-pour-compte du PEQ lui rappellent et reprochent sans cesse. Le premier ministre du Québec François Legault est la seule autorité ayant le pouvoir de redonner espoir à des étudiants et travailleurs étrangers temporaires légalement admis et choisissant le Québec sur la foi d’une promesse de la résidence permanente. Comment : en rétablissant minimalement « une clause grand-père » ou « clause de droits acquis ». C’est une question de dignité comme le disait à juste titre le directeur du journal Le Devoir Brian Myles dans son Éditorial « Une affaire de dignité ». Le devoir, La Presse, Noovo Info, Radio-Canada, LCN, 98, 5FM, 95, 1 Fm et les stations régionales, Le Soleil et les médias régionaux, Le Journal de Québec, Le Journal de Montréal, etc. ont tous été unanimes pour dénoncer la fin brutale du PEQ et réclamer au moins une clause grand-père ou « une clause humanité, SVP » comme l’écrivait Rima Elkouri dans La Presse. Il y a des « personnes déjà installées au Québec qui n’ont jamais pu déposer leur demande avant que le gouvernement change les règles du jeu ». Les médias ont fait du PEQ un sujet d’intérêt publique grâce à la mobilisation constante des orphelins du PEQ. « LE PEQ est le sujet qui a le plus sollicité de réactions du public » selon l’animateur de Tout un matin Patrick Masbourian[1].

Beaucoup de maires qui ont dénoncé la suppression définitive de ce programme prennent la défense des orphelins du PEQ. Les élus ont également critiqué la parole brisée du gouvernement caquiste.

Les maires apportent leurs soutiens aux laissés-pour-compte du PEQ

M. Bruno Marchand a été le premier maire à apporter son soutien aux orphelins du PEQ. « Au final, le résultat est inhumain », déplorait le maire de Québec dénonçant ainsi l’abolition du PEQ.  Selon Bruno Marchand, « le gouvernement a créé une forme d’injustice inacceptable avec l’entrée en vigueur de nouvelles règles pour obtenir un certificat de sélection qui mène à la résidence permanente ». M. Marchand demande « une solution rapide et humaine » au ministre Roberge et au gouvernement pour ces citoyens à part entière et non entièrement à part.

Après le maire de Québec Bruno Marchand, les mairesses de Montréal, Soraya Martinez Ferrada et de Sherbrooke, Marie-Claude Bibeau, c’est au tour du maire de Trois-Rivières, Jean-François Aubin, et maire de Lévis, Steven Blaney d’apporter leurs soutiens aux orphelins du PEQ. « On s’excuse de notre trahison », dit Steven Blaney. « Très ému, Steven Blaney a présenté des excuses au nom de la société québécoise. Selon lui, on est en train de « trahir des gens qu’on a fait venir ici[2] ». « Abolition du PEQ: équité et humanité, réclame le maire de Trois-Rivières », une chronique de Paule Vermot-Desroches, dans Le Nouvelliste qui indique l’indignation du maire : « Il ne se passe pas une journée sans qu’on entende, partout à travers la province, des histoires à briser le cœur entourant l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). À Trois-Rivières, c’est au tour du maire, Jean-François Aubin, de sauter dans la mêlée et de réclamer de Québec qu’on opte pour une clause de droit acquis pour les familles déjà installées ici et à qui l’on a brutalement coupé l’herbe sous le pied ».

Selon les informations à notre disposition, d’autres maires apporteront leurs soutiens aux orphelins du PEQ après le temps des fêtes. La grande coalition déjà mise sur pied occupera l’actualité dans les prochains mois à moins que le gouvernement recule et accorde au moins la clause de droits acquis aux orphelins du PEQ. Cette situation injuste a poussé les Vingt-cinq retraités du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec dans leur lettre collective publiée dans La Presse à parler au minimum une « question de décence » et à demander au Ministre de corriger le tir car le temps presse. « […]. Nous croyons que la simple décence commande que toutes les personnes ayant obtenu un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ) pour études ou pour un permis de travail avant le 30 octobre 2025, moment de l’abolition du PEQ, puissent encore déposer une demande d’immigration permanente en vertu de ce programme[3]. »

On note également des appuis de taille comme cette lettre collective de plus de 157 professeurs d’université en faveur d’une clause « grand-père [4]». La Fédération des cégeps a aussi réagi à l’abolition du PEQ tout en alertant sur les conséquences actuelles et à venir. Le PEQ qui est un très bon programme aboli sans clause de droits acquis a été remplacé par un programme imprévisible. Un nouveau système qui fonctionne en attribuant des points au candidat immigrant selon une grille qui tient compte selon un récent document du MIFI de plusieurs facteurs, notamment le niveau d’éducation, les années d’expérience, le niveau de français, les années d’expérience, l’âge et la région de résidence[5] .

Le Québec Inc soutient aussi les orphelins du PEQ

Les chambres de commerces, à l’instar de la Chambre d’industrie de commerce et d’industrie de Québec (CCIQ), défendent les immigrants menacés d’expulsion comme le démontrait pertinemment un reportage de TVA Nouvelles du 10 décembre dernier. Des travailleurs essentiels et déjà intégrés constituent « une nécessité » pour les employeurs québécois. Les orphelins du PEQ demandent au gouvernement de « maintenir ses promesses » afin qu’ils obtiennent le certificat de sélection, première étape vers la résidence permanente.

Plusieurs familles touchées par la fin du PEQ se trouvent à Montréal tout comme dans les régions. À ce jour, il n’y a pas de clause d’antériorité ou de grand-père ni au provincial sur le dossier du PEQ encore moins au fédéral sur le dossier des TET. Des solutions rapides et humaines existent pourtant bel et bien. L’immigration n’est pas un fardeau pour la société québécoise et canadienne. Un récent sondage Léger publié en octobre 2025 indique que 72% des Québécois estiment que l’immigration doit répondre avant tout aux besoins des PME. Ce même « sondage Léger démontre que 79 % des répondantes et répondants estiment que les personnes immigrantes déjà en emploi et bien établies devraient pouvoir rester » comme le rappelle un communiqué de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) du 2 décembre dernier intitulé « 70 000 travailleuses et travailleurs étrangers temporaires à risque : une clause de droit acquis est nécessaire ».

Doudou Sow, sociologue du travail et des organisations et auteur de quatre ouvrages sur l’intégration et la régionalisation de l’immigration


[1] « Entrevue avec François Legault : Entrevue bilan de fin d’année » Tout un matin. Matinale d’ICI Première au 95,1 dans le Grand Montréal animée par Patrick Masbourian.

[2] Immigration : « On s’excuse de notre trahison », dit Steven Blaney : un texte du journaliste Taïeb Moalla à lire dans Le Journal de Québec

[3] Une fin triste et indigne pour le Programme de l’expérience québécoise, lettre collective d’anciens employés du MIFI, 19 décembre 2025.

[4] Recruter des étudiants pour leur fermer la porte au nez crée une injustice inqualifiable, François Crépeau, Ndeye Dieynaba Ndiaye et Justin Massie, etc. Le Devoir, 10 décembre 2025.

[5] Document MIFI rendu public le 8 décembre- Programme de sélection de travailleurs qualifiés (PSTQ) Comprendre le programme et son système d’invitations

Par Doudou Sow le Mercredi 31 Décembre 2025 dans Blogue, PEQ (étudiants étrangers et travailleurs temporaires spécialisés). Aucun commentaire