(Photo Gracieuseté)

Monsieur François Legault et Monsieur Jean-François Roberge,

Je vous écris en tant qu’immigrante tunisienne profondément attachée au Québec. J’y ai déjà vécu en tant qu’étudiante il y a plusieurs années : j’y ai acheté un appartement au Plateau-Mont-Royal, j’ai payé mes impôts, j’ai respecté chaque règle et j’ai quitté le pays en 2004 exactement à l’expiration de mon visa d’études.

Si j’avais voulu contourner le système pour rester au Québec, je l’aurais fait à cette époque. Mais je suis une personne honnête, respectueuse des lois — et je le suis encore aujourd’hui.

Pourtant, malgré mon retour en Tunisie, le Québec ne m’a jamais quittée. J’ai vécu vingt ans avec mon corps là-bas, mais mon esprit est toujours resté ici. Ma fille a grandi en entendant parler du Québec chaque jour : elle connaît son histoire, son accent, son âme. Nous savions qu’un jour, la vie nous ramènerait ici.

Si je vous raconte mon parcours, c’est parce qu’il est le mien… mais il est aussi celui de milliers d’autres familles. Nous vivons les mêmes sacrifices, les mêmes espoirs, et aujourd’hui, la même détresse. Mon histoire est une parmi tant d’autres, et c’est pour toutes ces familles que je souhaite attirer votre attention sur la situation actuelle.

Notre projet : bâtir une vie au Québec en toute légalité

Ce jour est arrivé lorsque mon mari a obtenu un permis de travail fermé, moi un permis de travail ouvert, et ma fille — encore mineure — un permis d’études.

Ce qui nous a encouragés à tout quitter, c’était le PEQ : un programme clair, structuré, qui offrait une voie vers la résidence permanente après deux années d’expérience professionnelle.

Ce programme n’était pas un « bonus », mais la base même de notre décision.

Nous avons quitté nos emplois, nos familles, nos racines :

J’étais professeure des écoles dans le réseau AEFE depuis huit ans ;

Ma fille était scolarisée dans le même réseau ;

Mon mari avait son agence d’assurance depuis plus de quinze ans.

Nous avons fait nos bagages : photos, souvenirs, objets de vie, une partie de nous-mêmes.

Nous avons laissé derrière nous parents, grands-parents, frères, sœurs, cousins, amis…

Avec un mélange d’excitation, de stress et d’espoir, nous avons tout sacrifié pour un projet clair : devenir Québécois permanents.

Nous nous sommes installés à Joliette, une ville magnifique dont nous sommes tombés amoureux. Et dès notre arrivée, nous avons fait ce que le Québec attendait de nous :

nous intégrer,

contribuer,

travailler,

respecter les règles.

Mon mari a commencé son travail dans les assurances.

Ma fille a intégré le lycée du quartier, sans francisation, car elle est francophone depuis son jeune âge — et elle y excelle.

De mon côté, j’ai eu la chance d’obtenir un poste de suppléance dans une école privée réputée, où j’ai même enseigné le cours de Culture et citoyenneté québécoise (CCQ).

Nous bâtissons notre avenir ici.

Nous comptions littéralement les jours avant de pouvoir déposer notre dossier de résidence permanente via le PEQ.

Tout était clair.

Tout était prévu.

Tout était fait selon les règles.

Le 19 novembre 2025 : la fin brutale d’un rêve

Puis, sans avertissement, le 19 novembre 2025, le Programme de l’expérience québécoise a été abrogé.

Du jour au lendemain, il n’était plus possible de présenter une demande dans le PEQ.

Ce fut un choc.

Une incompréhension.

Un immense sentiment de trahison.

Comment peut-on prendre une décision aussi lourde de conséquences sans penser aux milliers de familles déjà établies ici, qui ont tout quitté en se basant sur ce programme que le gouvernement lui-même a présenté, soutenu et garanti ?

Sommes-nous seulement un numéro de dossier ?

Avez-vous pensé à ce que cela signifie humainement ?

Croyez-vous vraiment qu’il suffit d’appuyer sur un bouton « restart » et de refaire nos valises comme si de rien n’était ?

Nous avons quitté nos maisons, nos emplois, nos vies.

Nous n’avons plus rien dans notre pays d’origine.

Ce n’est pas « simple » de repartir.

C’est une souffrance injuste, une blessure profonde.

Notre demande : une clause de droits acquis

Nous ne demandons pas l’impossible.

Nous demandons simplement une clause grand-père pour toutes les personnes déjà installées au Québec en vertu des règles du PEQ au moment de leur arrivée.

Nous avons :

respecté nos engagements,

contribué à l’économie québécoise,

travaillé, enseigné, étudié,

donné le meilleur de nous-mêmes.

Ce n’est pas du favoritisme.

Ce n’est que justice.

Tous ceux qui nous ont recrutés — employeurs, organismes, programmes gouvernementaux — nous ont clairement présenté le PEQ comme une voie assurée vers la résidence permanente après deux ans d’expérience.

Nous avons respecté nos responsabilités envers le Québec.

Nous avons tout fait parfaitement.

Nous ne méritons pas de perdre notre avenir pour une décision soudaine prise sans tenir compte de notre réalité.

Un dernier mot, avec le cœur

Dans le cours de CCQ de ma fille, leur professeur leur a montré un court documentaire : Bagages (2016), réalisé à l’école secondaire Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont.

Un film poignant, reconnu et primé.

Je vous invite sincèrement à le regarder.

J’espère qu’il vous touchera.

J’espère qu’il vous rappellera que derrière chaque dossier, derrière chaque numéro, il y a une famille, un cœur, une histoire, un sacrifice.

Voici le lien :

Lobna Idir

Une habitante de la ville de Joliette (Lanaudière)

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Par Doudou Sow le Vendredi 28 Novembre 2025 dans Blogue, PEQ (étudiants étrangers et travailleurs temporaires spécialisés). Aucun commentaire