« Le PEQ est le meilleur programme, depuis une décennie et demie, qui fait la réputation du Québec à l’international (…) Le candidat au PEQ a réussi son intégration, contrairement au candidat du PSTQ », souligne à juste titre Guillaume Cliche-Rivard, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’immigration, de francisation et d’intégration[1].

Le fait de créer une nouvelle règle menant à la résidence permanente en ne tenant pas compte d’une clause de droits acquis pour les orphelins du PEQ est considéré comme une injustice pour plusieurs acteurs. Ces immigrants contribuent pourtant activement au développement de la société québécoise et ont respecté toutes les règles en vigueur.

Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) a pris fin le 19 novembre 2025. Il serait pertinent de revenir sur la genèse de ce programme innovateur. Pendant au moins quinze ans, les candidats idéaux restaient les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers diplômés au Québec. Ils constituaient, à juste titre, de nouveaux bassins de recrutement intérieur de travailleurs qualifiés pour le Québec.

« Les diplômés des universités et cégeps francophones du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) seront admis en plus du seuil de 50 000 personnes. Les étudiants étrangers qui sont diplômés en français chez nous sont des candidats parfaits à l’immigration »,promettait pourtant le premier ministre François Legault lors du « dépôt du Plan d’immigration du Québec pour l’année 2024, de même que la planification pluriannuelle de l’immigration pour les années 2024 et 2025 », le 1er novembre 2023.

Le premier ministre a toujours vanté, à juste titre, les mérites de ce programme. « Les étudiants étrangers diplômés de nos programmes francophones nous apparaissent comme des candidats idéaux. Étant donné que ces personnes possèdent un diplôme québécois, qu’elles sont jeunes et qu’elles vivent déjà ici, en français, depuis plusieurs années, elles constituent un bassin exceptionnel où recruter de nouveaux Québécois et de nouvelles Québécoises[2] », plaidait M. Legault dans son mot d’introduction du Cahier de consultation publique pour la planification de l’immigration 2023-2026.

La pertinence du PEQ n’est plus à démontrer

Il ne s’agit pas ici de faire ramener de nouvelles personnes sur le territoire québécois mais plutôt de faciliter la transition à la résidence permanente de candidats immigrants francophones, francisés, intégrés, répondant aux besoins de main-d’œuvre et déjà disposant d’un logement et d’un accès aux services de garderie. « Ces personnes qui détiennent un diplôme d’un établissement d’enseignement québécois, elles parlent français, elles sont prêtes à intégrer le marché du travail et la grande majorité réside déjà au Québec. Donc, la capacité d’accueil, sur le plan de l’habitation notamment, n’est pas sollicitée d’une manière accrue. Leur intégration à la société québécoise est déjà amorcée parce qu’ils ont étudié au Québec, ils savent qu’ils veulent rester au Québec et ils vont contribuer à la protection de la langue française puisqu’ils ont étudié dans les programmes en français, donc ils vont parler français. Alors, c’est pourquoi on souhaite accélérer leur passage au statut de résident permanent[3] », faisait valoir l’ancienne ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration Christine Fréchette.

« […]. Le mérite (du PEQ) est sa relative simplicité d’application et ses excellents résultats en matière d’intégration sur le marché du travail »,écrivent dans une lettre collective Vingt-cinq retraités du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec. Parue dans La Presse ladite lettre « Une fin triste et indigne pour le Programme de l’expérience québécoise » apparait comme un désaveu de l’approche du Ministre qui refuse de donner une clause grand-père, au sens réel du terme, aux orphelins du PEQ[4].

D’où est venue l’idée de créer « un programme qui ne serait pas basé sur une grille de sélection, mais basé sur la correspondance à certains facteurs » ?

La genèse du PEQ a été très bien expliquée de manière pédagogique par Louis-René Gagnon, expert-conseil en immigration de l’Association canadienne des professionnels en immigration. En consultation parlementaire sur la planification de l’immigration pour la période 2026-2029, le 29 octobre dernier, il a profité de la question du député libéral André Albert Morin pour faire l’historique de ce programme innovateur qui a fait ses preuves depuis ses débuts. En effet, selon Louis-René Gagnon, « le PEQ a été introduit suite à l’étude de feu Jean Renaud de l’Université de Montréal dans une étude longitudinale sur les facteurs d’intégration à long terme des immigrants, qui avait été financée par le ministère et qui démontrait qu’effectivement les gens qui avaient un diplôme avaient un parcours d’intégration beaucoup plus rapide et ceux qui avaient une expérience de travail, un parcours aussi beaucoup plus rapide ».

« Alors, le Ministère, les gens se sont mis ensemble et ont dit : Ah! Effectivement, en regardant les conclusions de l’étude de Renaud, quelle serait la clientèle qui aurait les caractéristiques d’intégration les plus rapides au marché du travail, c’est-à-dire qui allaient rattraper le plus rapidement les natifs? C’est les diplômés, c’est les gens qui ont de l’expérience de travail. Alors, c’est de là qu’est venue l’idée de créer un programme qui ne serait pas basé sur une grille de sélection, mais basé sur la correspondance à certains facteurs. Et effectivement on a constaté plus tard que… Et les études sur la vitesse d’intégration s’est beaucoup améliorée, entre autres parce que le flux migratoire au Québec a changé avec le PEQ avec des gens davantage préparés pour le marché du travail québécois. »

De manière générale, depuis l’élection d’un nouveau gouvernement caquiste, l’immigration au Québec a subi une série de réformes. Les multiples changements sont répertoriés dans le préambule du rapport annuel 2018-2019 du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) [5].

Comme le détaillait le site Immigrant Québec, « le PEQ a connu des gels en novembre 2024 et juin 2025 : le volet Diplômés a été gelé en octobre 2024 jusqu’en juin 2025, puis prolongé jusqu’en novembre 2025, et le volet Travailleurs étrangers temporaires (TET) a été gelé en juin 2025 jusqu’en novembre 2025, avant que le PEQ dans son ensemble ne soit aboli le 19 novembre 2025, marquant la fin des nouvelles demandes pour les deux volets ».

Travailleurs temporaires et étudiants étrangers diplômés au Québec : de bassins de recrutement intérieur de travailleurs qualifiés pour le Québec

En commission parlementaire, le ministre Roberge a indiqué que « 60 % des gens du PEQ diplômés s’installent à Montréal »[6]. « […]. Le gouvernement priorisera les personnes déjà installées au Québec, les diplômés du Québec, les immigrants installés en région et les personnes candidates qui exercent un emploi dans un secteur prioritaire. » (MIFI) « Or, selon les chiffres du Ministère près de la moitié qui ont déclaré leur intérêt pour le PSTQ dans l’Est du Québec ne répondent pas aux critères de base du programme telle qu’une expérience de travail suffisante ou la preuve d’un bon niveau de français. À ces conditions s’ajoutent les critères d’invitation du Ministère qui, eux peuvent varier selon les objectifs du Ministère», un fait rapporté dans un récent reportage de la journaliste Alice Jacottin de  Radio-Canada intitulé « L’incertitude persiste ».

Dans les précédents gouvernements (libéral et péquiste), le programme de l’expérience québécoise (PEQ) était une mesure qui consistait à accorder la priorité aux candidats répondant au profil des besoins du Québec. Le PEQ, que l’ancienne ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles (11 août 2010 – 1er août 2012), Kathleen Weil, qualifiait de « transition à l’immigration permanente », est aussi un « programme [qui] se veut simple et rapide ». En effet, dans la catégorie de l’immigration économique (notamment les travailleurs qualifiés et les gens d’affaires), deux acteurs occupaient de plus en plus de place : des étudiants étrangers diplômés au Québec qui ont le profil répondant aux besoins du marché du travail québécois et des travailleurs temporaires qualifiés en emploi déjà établis au Québec.

Le Canada, tout comme le Québec, s’inspire de l’Australie et même de la Nouvelle-Zélande qui puisent dans le bassin d’étudiants étrangers et de travailleurs temporaires déjà établis sur leur territoire afin de leur proposer le statut de résidents permanents. Le gouvernement du Québec voulait faire de l’immigration temporaire des travailleurs étrangers une immigration durable.

Cette stratégie permet au Ministère de recruter des ingénieurs formés au Québec, donc qui seront moins confrontés au problème de reconnaissance des diplômes et des acquis. Des personnes qui connaissent davantage la société québécoise, qui connaissent les codes culturels, les réseaux mais aussi qui diminuent le nombre de chômage des immigrants. Ils n’ont pas la barrière du manque d’expérience québécoise, etc. Ces deux catégories constituent ce que nous appelons souvent « des produits finis » ou produits clé en main qui ont des diplômes québécois et canadiens.

Ce programme innovateur et populaire qui est destiné aux diplômés du Québec et aux travailleurs étrangers connaît un tel succès que les quotas sont vite remplis. Tellement populaire qu’il a fallu y mettre fin pour répondre à d’autres cibles ou besoins : l’explication donnée par le gouvernement qui surprend au-delà de nos frontières. Même s’il y a une volonté d’arrimer l’immigration aux besoins de main-d’œuvre, la politique de baisse de seuil de l’immigration n’est pas étrangère à la réforme dans un premier temps (novembre 2019), la suspension (novembre 2024) et la suppression définitive du programme PEQ (novembre 2025).  

Le gouvernement caquiste insiste sur le point suivant lequel ce programme qui avait été « pensé comme une simplification d’un programme permanent pour un nombre limité de candidats même s’il n’y avait pas de quotas et hors cible de l’immigration ».

Les difficultés d’intégration des immigrants incitaient le gouvernement libéral provincial à retenir les étudiants étrangers qui réussissent à mieux s’intégrer sur le marché du travail. Le programme PEQ rentre également dans une stratégie globale de recrutement des travailleurs qualifiés en fonction des compétences recherchées sur le marché local. En ciblant des profils bien déterminés, le gouvernement libéral provincial cherchait sans nul doute à parfaire une sélection jugée souvent inadéquate par les acteurs du monde des affaires et certains membres de la société d’accueil. Ledit programme s’inscrivait également dans une logique pancanadienne puisque le gouvernement fédéral conservateur accorde beaucoup d’importance à la catégorie de l’expérience canadienne (les travailleurs étrangers temporaires ou les étudiants étrangers ayant obtenu un diplôme au Canada). Il faut, à ce titre, distinguer les recrutements qui se font uniquement sur la base de postes non-qualifiés et peu valorisés par la société et les recrutements sur la base des postes qualifiés organisés à l’extérieur souvent par des organismes de recrutement comme Montréal International ou Québec International. La mobilité internationale incite les pays d’immigration pragmatiques à recruter et à retenir les talents mondiaux, peu importe leur origine.

La suspension puis l’abolition du PEQ est une mauvaise décision comme le disent plusieurs acteurs : milieux économiques, de l’éducation, des chercheurs, des syndicats, de la fédération et de l’Union des municipalités du Québec. Les régions ont besoin d’une offre de formation diversifiée pour l’attraction mais aussi le maintien des jeunes en région. Faute de programmes ou d’étudiants internationaux (effet projet de loi 74)[7], il y aura encore un exode des jeunes québécois vers les grands centres :  un problème de plus de la dévitalisation des milieux et communautés.

Les changements au PEQ créent également des inquiétudes chez les universités et cégeps en région

L’abolition sans préavis du PEQ ne peut que nuire à l’attractivité du milieu de l’éducation et le bassin de main-d’œuvre des employeurs. Certains travailleurs étrangers admis dans un premier temps dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) pouvaient par la suite, sous certaines conditions, déposer une demande dans un autre programme qui connaît un succès depuis sa création, le 14 février 2010 sous l’ère de l’ancien gouvernement Charest.  Il s’agit du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) qui était avant la nouvelle réforme de 2020 un programme accéléré de sélection de travailleurs qualifiés (réception, en 20 jours ouvrables seulement son certificat de sélection, contrairement à des délais plus longs pour le traitement d’un dossier d’immigration pour une demande régulière).

Le gouvernement caquiste soulignait, par voie de communiqué en date du 9 juillet 2020[8], que le PEQ permettait de « reconnaître l’apport des étudiantes et des étudiants étrangers ainsi que des travailleuses et des travailleurs étrangers temporaires à l’économie québécoise[9]».

Depuis l’abolition brutale du PEQ, des milliers d’immigrants vivent dans l’incertitude, l’angoisse et ont un avenir hypothéqué. Les orphelins du PEQ réclament minimalement une clause de droits acquis : une question d’humanité, de dignité mais aussi du respect de la parole donnée.

Pour aller plus loin sur le sujet, lire notre texte Pourquoi abolir un programme novateur, populaire qui fonctionnait déjà très bien et qui fait l’envie des autres pays de l’OCDE?

M. Sow possède plus de vingt années d’expérience dans les domaines de l’emploi et l’entrepreneuriat immigrant. Détenteur d’une maîtrise en sociologie du travail et des organisations, il a publié quatre essais sur l’intégration et la régionalisation de l’immigration.

Au chapitre des engagements socioprofessionnels, il fut président du Jury du Prix Maurice-Pollack de la FCCQ et membre du Jury Bourses d’honneur d’Entreprendre ici.

Cet ancien membre du Comité Consultatif Personnes Immigrantes (CCPI) est lauréat du Mois de l’histoire des Noirs et lauréat du prix de l’Excellence afro-antillaise, Catégorie Diversité et Métissage. Il a cumulé, à titre bénévole, plusieurs mandats d’ambassadeur de l’entrepreneuriat de la diversité ethnoculturelle ou d’ambassadeur de la diversité interculturelle qui consiste à mettre de l’avant la richesse de la diversité interculturelle et son apport pour la collectivité.

Crédit photos : Guitté Hartog 


[1] Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le mercredi 26 novembre 2025, 12 h Hall principal de l’hôtel du Parlement, hôtel du Parlement.

[2] Ces mots, ce ne sont pas les miens, ce sont ceux de François Legault dans son mot d’introduction du Cahier de consultation publique pour la planification de l’immigration 2023-2026 » (Lysiane van der Knaap, directrice générale Éducation internationale), Audition sur le cahier de consultation intitulé « La planification de l’immigration au Québec pour la période 2026-2029 », Éducation internationale, 22 octobre 2025.

[3] Conférence de presse de M. François Legault, premier ministre, Mme Christine Fréchette, ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, et M. Jean-François Roberge, ministre de la Langue française, Le mercredi 1 novembre 2023, 11 h 30, Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May.

[4] Une fin triste et indigne pour le PEQ, un ex-fonctionnaire témoigne, Le 15-18 sur ICI Première avec Annie Desrochers, 12 décembre 2025.

[5] Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, rapport annuel de gestion 2018-2019, Québec, p.12.

[6] Audition sur le cahier de consultation intitulé « La planification de l’immigration au Québec pour la période 2026-2029 », Union des municipalités du Québec, 28 octobre 2025. https://www.youtube.com/watch?v=f4Z-dpkBDmg

[7] Loi visant principalement à améliorer l’encadrement relatif aux étudiants étrangers-

[8] Programme de l’expérience québécoise (PEQ) – Une réforme du PEQ qui s’inscrit dans la modernisation du système d’immigration québécois |Communiqué du MIFI, 9 juillet 2020.

[9] Ibid.

Par Doudou Sow le Jeudi 25 Décembre 2025 dans Blogue, CSQ, IMMIGRATION EN RÉGION, Immigrer au Québec, PEQ (étudiants étrangers et travailleurs temporaires spécialisés), Travailler au Québec. Aucun commentaire