Source photo : Groupe Facebook Le Québec, c’est nous aussi

« On est des gens intégrés. On veut pouvoir rester. On n’est pas des numéros. Nous sommes des milliers, on veut du respect », scandaient les manifestants contre la fin du PEQ devant les locaux du MIFI à Montréal, le lundi 17 novembre dernier.

Les personnes immigrantes réclament minimalement une clause de droits acquis pour le programme de l’expérience québécoise (PEQ). Le lundi 17 novembre dernier, des manifestations pour dénoncer la suppression du PEQ étaient organisées à Montréal et à Québec. Pour mettre la pression sur le gouvernement, les manifestants seront également devant les locaux du MIFI ce samedi 22 novembre à Montréal et à l’Assemblée nationale du Québec pour protester sur ce qu’ils qualifient « de promesses brisées, d’une injustice extrême et d’une attaque sur leurs droits, une attaque sur leur promesse d’obtention de la résidence permanente » par le gouvernement du Québec.

Le premier ministre du Québec François Legault est la seule autorité ayant le pouvoir de redonner espoir à des étudiants et travailleurs étrangers temporaires légalement admis et choisissant le Québec sur la foi d’une promesse de la résidence permanente. Comment : en rétablissant minimalement « une clause grand-père » ou « clause de droits acquis ». C’est une question de dignité comme le disait à juste titre le directeur du journal Le Devoir Brian Myles dans son Éditorial « Une affaire de dignité ». En novembre 2019, le premier ministre qui se disait « ébranlé par les témoignages » avait lui-même fait preuve d’une grande humanité en «reculant partiellement sur ses réformes en immigration » comme le soulignait un article de François Messier et de Romain Schué de Radio-Canada du 6 novembre 2019.

« Confronté au mécontentement provoqué par sa réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le gouvernement Legault fait marche arrière en accordant une clause de droits acquis aux étudiants et aux travailleurs étrangers temporaires déjà au Québec. »

« On a aussi le devoir de faire preuve d’humanité, et donc, hier soir, on a décidé, Simon Jolin-Barrette [ministre de l’Immigration de l’époque] et moi, de mettre une clause de droits acquis. Ça veut dire que les gens qui sont arrivés ici avant le 1er novembre vont pouvoir continuer avec l’ancien programme.»

Les manifestants qui sont aujourd’hui dans les rues de Montréal et de Québec, une semaine après leurs premiers rassemblements, ne souhaitent qu’entendre de nouveau les paroles sages du premier ministre.

Fin du PEQ : Des rêves brisés

La fin du PEQ signifie chez beaucoup d’immigrants des promesses brisées. Les règles du jeu ont changé en cours de route et il ne suffit pas seulement de dire que le nouveau programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ, qui devient la seule voie de sélection des travailleurs qualifiés, permettra de recruter toutes ces personnes qui s’étaient qualifiées selon les critères du PEQ.  Les cibles actuelles ne pourraient le permettre (45 000 dont 29 000 immigrants pour le volet économique). Le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration Jean-François Roberge répète sur les toutes tribunes que « cette clause grand-père réclamée à grands cris […], elle existe déjà ! ». Mais la réalité est tout autre. Une chronique de Rima Elkouri dans La Presse de ce matin a remis les pendules à l’heure, avec des faits à l’appui. « Toutes les demandes antérieures seront traitées, assure Québec. Par contre, les candidats qui avaient pris la décision de « choisir le Québec » sur la base des critères du PEQ seront désormais jugés sur ceux du PSTQ. C’est assez pour les rendre nerveux et leur faire craindre l’échec de leur projet migratoire », soulignait à juste titre Brian Myles.

« À voir ces détenteurs de permis issus de la filière du Programme d’Expérience québécoise manifester dans les rues, on se croirait en 2019. Leur histoire est la même qu’à l’époque. Ils ont investi pour venir ici, se sont intégrés, sont devenus québécois sur la promesse d’une voie accélérée vers la citoyenneté. Et soudainement, hop, le gouvernement les laisse en plan. En 2019, la levée de boucliers était telle que le gouvernement Legault avait dû reculer. Pourquoi donc répéter la même erreur ? », faisait remarquer la journaliste Emmanuelle Latraverse dans le Journal de Montréal. La couverture médiatique est largement favorable aux partisans de la clause de droits acquis du PEQ. Durant les consultations parlementaires sur la planification de l’immigration pour la période 2026-2029, plusieurs acteurs ont demandé le rétablissement du PEQ. Les universités, les cégeps, les étudiants, les syndicats et le milieu des affaires avaient essentiellement exprimé la demande de redémarrage du PEQ.

« Une clause de droits acquis pour les orphelins du PEQ est un compromis acceptable dans le débat migratoire », recommande le directeur du journal Le Devoir.

L’analyse pertinente de Patrick Lagacé dans le cadre de l’émission Lagacé Le matin du mardi 18 novembre indique le chemin pour une solution qui apaiserait les craintes ou inquiétudes d’étudiants étrangers et de travailleurs étrangers temporaires qui ont tout laissé derrière pour s’installer dans la belle société québécoise. « Et si on est pour fermer les robinets, peux-tu fermer les robinets sur les projets d’immigration à venir ? Au moins les gens qui sont ici, ceux-là, toutes proportions gardées, peux-tu les protéger ? Ils sont ici enracinés, francisés. Qui gagne à les « sacrer dehors » * ? Je lisais les témoignages aujourd’hui et je me disais ce n’est pas Québécois de faire ça. On est accueillant et on n’arrête pas de le dire ». Le célèbre animateur du 98, 5 FM a parfaitement raison car avec la fin du PEQ, « L’incertitude sur l’immigration ronge les travailleurs étrangers » comme le démontrait pertinemment un article du journaliste d’impact Benoît Valois-Nadeau dans le journal Le Devoir .« Dans Lanaudière, la fin du PEQ plonge des familles dans le flou quant à leur avenir. »

Derrière des cibles ou chiffres, il y a des êtres humains qui ont des trajectoires de vie et des statuts différents. « Ces gens sont des humains, pas des travailleurs jetables. Ils ont quitté leur pays sur la foi d’une promesse. Ils ont investi temps et argent dans leur projet d’immigration au Québec. Ils contribuent déjà à la société. Ils ne demandent pas mieux que de continuer à le faire. La moindre des choses serait de tenir parole plutôt que de continuer à dire n’importe quoi »,  laissa entendre Rima Elkouri dans sa chronique de La Presse du 22 novembre.

Une pétition officielle- Maintien du Programme de l’expérience québécoise- a été déposée à l’Assemblée nationale du Québec par le député de Québec solidaire Guillaume Cliche-Rivard.

Les signataires, demandent, entre autres, au gouvernement du Québec :

1️⃣d’annoncer la réouverture immédiate des deux volets du PEQ et d’en prévoir un nombre d’admission permettant un traitement régulier des demandes; ou alternativement

2️⃣ de mettre en place une clause de droit acquis pour toutes les personnes qui se trouvaient au Québec à titre de résident temporaire au jour de l’annonce de l’abolition du PEQ.

La date limite pour signer la pétition est fixée le 10 décembre 2025. Soulignons que 12379 personnes avaient déjà signé la pétition à la date du 22 novembre à 11h22.

Pour mettre la pression sur le gouvernement, les manifestants immigrants ainsi que les partisans de la diversité prévoient de grossir les rangs du grand rassemblement intersyndical « pour dire non aux compressions budgétaires, au virage à droite du gouvernement, au climat antisyndical et au projet de loi 89 ». Le gouvernement entendra-t-il raison avant cette date ? Répondra-t-il favorablement aux demandes répétées des acteurs des milieux collégial, universitaire, des affaires et des citoyens en rectifiant le tir sur la question du PEQ ? Les prochains jours nous édifieront là-dessus.

Doudou Sow, sociologue du travail et des organisations et auteur de quatre ouvrages sur l’intégration et la régionalisation de l’immigration

Par Doudou Sow le Samedi 22 Novembre 2025 dans Blogue, CSQ, PEQ (étudiants étrangers et travailleurs temporaires spécialisés). Aucun commentaire