Soulignons que l’avocat spécialisé en immigration Me Maxime Lapointe a répété plusieurs fois, à l’instar de ses autres collègues et d’autres acteurs de différents milieux, en commission parlementaire sur la planification de l’immigration les possibles dégâts de la suspension (finalement abolition) du PEQ et de la non prise en compte de la clause grand-père (de droits acquis).

En effet, le ministre Robege répète sur toutes les tribunes que c’est la faute du gouvernement fédéral si le Québec perd ses travailleurs étrangers temporaires parce qu’Ottawa n’aura pas renouvelé leurs permis de travail. La vérité, c’est que c’est lui qui a aboli le PEQ et non Ottawa. En abolissant le programme de l’expérience québécoise (PEQ), le ministre Roberge prive les employeurs, surtout en région, d’une main-d’œuvre bien précieuse et nécessaire au développement économique régional et à la vitalité des territoires.

Comme le rappelait de manière pédagogique Me Maxime Lapointe lors de l’entrevue du 30 janvier au micro de l’animatrice Annie Desrochers de l’émission Le 15-18 sur ICI Première : « Oui, le programme de l’expérience québécoise ne donne pas un permis de travail en tant que tel mais dispense l’employeur de faire l’évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT). Le programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) avait beaucoup de resserrement justement dans les dernières années et, entre autres, une limite de 10 % de travailleurs étrangers dans l’entreprise (imposé par le fédéral). On se retrouve par exemple avec un restaurant de type Cage aux sports qui aurait 100 employés. Lui, il était à 30 % de travailleurs étrangers temporaires et du jour au lendemain, il a droit à 10 %. Donc les 20 prochains permis de travail qui viennent à échéance, il ne pourrait pas les prolonger. Et une belle manière de baisser le nombre d’immigrants temporaires, c’est de les rendre permanents. Et c’est ça que le PEQ venait faire. On donnait la résidence permanente après deux ans de travail. El donc là, on permettait à ces employeurs-là d’être dispensés du 10 % pour garder une certaine proportion de la main-d’œuvre. Donc, ceux à qui ça fait le plus mal, c’est ceux pour qui les permis de travail vont venir à échéance, disons dans les 6 prochains mois et qui ne seront pas invités par ce programme qui invite une fois par mois, à la fin du mois, et on ne sait pas trop qui.»

L’avocat en immigration avait aussi précisé le fond de sa pensée par le biais d’une autre intervention médiatique. « Le fédéral a en septembre 2024 ramené de 20 à 10% le nombre de TET qu’une entreprise pouvait compter et réduit à un an la durée des permis de travail », écrivait le journaliste Martin Lajoie du Journal de Québec dans un article du 21 janvier 2026 intitulé « Clause grand-père: un avocat en immigration demande aux candidats à la chefferie de la CAQ de se mouiller ».

 « (Avant cette date) le Québec avait des avantages par rapport au reste du Canada avec 275 professions en pénurie chronique admissibles à un traitement simplifié, un nombre illimité de travailleurs et des permis de trois ans. Mais le Québec n’a pas bataillé pour conserver ces acquis », regrette M. Lapointe[1].

« On avait donc deux leviers pour prolonger les travailleurs étrangers déjà en poste (PEQ et la liste de professions éligibles à un traitement simplifié) et les amener en résidence permanente », comme le rappelait l’avocat dans son entrevue avec Annie Desrochers.

C’est donc une deuxième vérité que l’avocat a martelée en entrevue mais aussi encore en commission parlementaire et dans toutes ses interventions médiatiques. Voici ce qu’il disait, le 28 octobre 2025, au ministre Roberge en commission parlementaire sur « La planification de l’immigration au Québec pour la période 2026-2029 » :

« Mais là où ça blesse, là, c’est qu’il y a eu 275 professions éligibles à un traitement simplifié, des entreprises qui ont recruté 10, 20, 30, 40 % de travailleurs étrangers au Québec qui n’avaient pas accès dans le reste du Canada. Le PTET n’est pas populaire dans le reste du Canada autant qu’ici en termes de proportion. Alors là, on est passés d’entreprises qui avaient 50 % de travailleurs étrangers à 10 % à partir du mois de septembre 2024, et c’est à ce moment-là, à mon avis, M. le ministre, qu’il aurait fallu défendre le traitement simplifié pour dire : Non, nous, on a négocié, on a bataillé avec le gouvernement du Canada pour ajouter ces professions-là qui sont en pénurie chronique et on vous demande de respecter le traitement simplifié pour avoir de la prévisibilité à ce moment-là précisément pour repartir sur des permis de trois ans et, éventuellement, de la résidence permanente. C’est en septembre 2024 où c’est arrivé. Puis ça aurait été peut-être difficile politiquement pour votre gouvernement de vouloir sauver des immigrants quand ça faisait déjà un an qu’on disait qu’il y en avait trop sur le territoire ».

Enfin, l’autre vérité nous vient de l’entrevue de Florence Bollet Michel, travailleuse sociale et porte-parole de l’organisme « Le Québec, c’est nous aussi » dans un récent reportage intitulé « Les visages derrière l’abolition du PEQ ». Cette orpheline du PEQ faisait ressortir une incohérence que plusieurs ont dû mal à comprendre : « Même ceux qui ont été sélectionnés depuis le 1er juillet (par le PSTQ, donc depuis 8 mois) n’ont reçu aucun CSQ (Certificat de sélection du Québec). Et sans ce document, de toute façon, les gens même sélectionnés continuent à quitter le Québec parce qu’ils ne peuvent pas rester ».

Voilà autant de raisons pour lesquelles les immigrants, les employeurs, les acteurs du monde municipal, syndical, de l’éducation sont inquiets et frustrés demandent minimalement une clause de droits acquis pour les orphelins du PEQ.

Le collectif Le Québec, c’est nous aussi (LQCNA) organise d’ailleurs des manifestations le 7 février dans plusieurs villes du Québec (Montréal, Trois-Rivières, Gatineau, Québec, Sherbrooke, Rimouski, Saguenay, etc.) « contre la suppression du PEQ et pour un Québec tricoté serré ».

Doudou Sow, sociologue du travail et des organisations et auteur de quatre ouvrages sur l’intégration et la régionalisation de l’immigration

#PEQ #immigrationquébec #étudiantsinternationaux #immigrationcanada #travailleursetrangers #moratoirepeq #prévisibilité #Arrima #PSTQ Le Québec c’est nous aussi #diplômésduquébec #étudierauquébec #peqdiplômés

Vérification des faits par trois extraits ( Entrevue du 30 janvier de Me Maxime Lapointe au micro de l’animatrice Annie Desrochers de l’émission Le 15-18 sur ICI Première, Radio-Canada. 2) un reportage de Radio-Canada intitulé « Les visages derrière l’abolition du PEQ » 3) une audition Commission parlementaire sur la planification de l’immigration du 28 octobre 2025)


[1] Clause grand-père: un avocat en immigration demande aux candidats à la chefferie de la CAQ de se mouiller, Martin Lajoie, Journal de Québec, 21 janvier 2026.

Par Doudou Sow le Dimanche 01 Février 2026 dans Blogue, CSQ, PEQ (étudiants étrangers et travailleurs temporaires spécialisés), Travailler au Québec. Aucun commentaire